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Moi, je veux régner par l’effroi.

 

 

Et moi je suis quoi, face à toi ?

 A quoi je sers ?

 A quoi je te sers ?

 Pourquoi ne te suis-je pas autant indispensable que tu me l’es ?

 M’asseoir dans un coin et juste t’observer ça me convient, tu sais. Imaginer ce à quoi tu peux bien penser. Fixer le moindre de tes gestes dans ma mémoire. Te dévorer. Te croquer.

 Tout bascule. Tout bascule sans arrêt. J’en perds la mémoire, je me noie dans un océan de couleurs et de formes, sans but et sans fin. Un désert coloré. Perdue au beau milieu de cette espace. Je reste collée au sol. J’aimerai tellement m’envoler.

 Funambule dans l’âme, je me poste en haut des immeubles, la nuit. J’observe la ville, silencieuse. Je suis toujours si silencieuse. Je me maintiens comme un oiseau muet, les ailes repliées. Je hurle sans bruit finalement. Tout à l’air toujours si simple quand la nuit tombe, comme galvanisée par une force invisible. Je monte sur la balustrade. Le vent sur mon visage. Sur une jambe. Je regarde le sol, bien loin de moi. Toujours aussi loin de moi. Je regrette de ne pas pouvoir l’expliquer. L’air est doux. Je me demande combien de personnes sont en train de faire l’amour à l’heure qu’il est. Je souris.

La réalité est une prison. Je cristallise. J’ai toujours tout cristallisé.

 J’avance un peu plus sur la balustrade. Un pied devant l’autre. Je chancelle.

 J’ai l’impression d’être une de ces caricatures adolescentes qu’on trouve parfois en photo sur les blogs ou dans les magasines. Avec mon sweat a manches trop longues et mes cheveux emmêlés. J’m’amuse juste un peu. Je joue avec moi-même, comme je l’ai toujours fait. C’est tout. Tiens, si je fumais. Histoire d’accentuer encore plus le cliché. Me manque plus que quelques tatouages et ce serait parfait.

 Je ris à ma connerie.

 Un jour il a dit que j’avais un rire semblable à des milliers de grelots. Petit Prince. Tendre soleil.

Je descends de la balustrade. Attendre encore un peu. Oh tiens, un message. Comme tous les adolescents normaux je reçois un sms. Un vulgaire texte, message pour me souhaiter une bonne nuit. Sans âme. Noyé dans un millier d’autres.

 

J’expire.

 

C’est vraiment beau ici, je regrette que tu ne puisses voir ça. Tu l’as vu aussi, tu me diras. Il y a si peu de temps. Seulement quelques semaines que tu t’es effacé de mon univers. J’ai l’impression que ça fait une éternité. Le temps a gravé tes promesses sur ma peau. Au couteau. J’aurai aimé te comprendre comme tu me comprenais. Te protéger. T’empêcher de te cacher pour souffrir.

 Peut-être que tu as fait ça pour te venger après tout. Pour que je ressente ce que tu ressentais. Que je comprenne. Ne t’en fais pas j’ai parfaitement saisi. Maintenant on ne peut pas revenir en arrière.

 

Je remonte sur cette foutue balustrade.

 

Je t’aimais.

 

Moi, je veux régner par l’effroi.