J’aime plus Paris.

 

Allongée sur un transat, dans cette ville qui grouille. Ca suinte le désespoir. J’ai quitté le soleil pour arriver ici, échoué ici plutôt. Dans cette chaleur moite et étouffante, 40 degrés a l’ombre. Et me voilà à contempler le ciel, pourtant, je ne retrouve pas la pesanteur du sud. Les immeubles se font comme une prison décrépie, les balcons hurlent, les trottoirs s’affaissent doucement, comme pour nous rappeler à notre réalité. Les égouts exultent une immonde odeur aigre, eau croupie, stagnante comme la cité en aout. Les parisiens ont déserté, on ne trouve plus dans les cafés que des pochtrons en manque de bouteille, qui voit se noyer leur destin au fond d’un verre.

Les jardins fondent, le sable s’envole sous une brise tiède et nauséeuse ; les balançoires exercent un lourd mouvement de vas-et-vient, les cris d’enfants ne sont plus là. Ils se sont déplacés sur les bords de plage, seaux et pelles à la clé. On trouve quelques touristes, perdus dans les rues sinueuses, l’asphalte coule. La climatisation des grands magasins les rends malades. Ils marchent, le pas mou, contemplant les monuments de la « plus belle ville du monde » ; Paris perd toujours de sa beauté pour moi, après l’été.

 

Allongée sur mon transat je fais le bilan de l’été. Des cigarettes parties en fumée, des chaines qui déraillent, des bouteilles qui se vident, des rires d’ados bêtes et bateaux, des lèvres qui se frôlent. Je pense aux phrases que j’ai lu auparavant, j’imagine les parasols qui s’envolent tous en même temps. Encadrée par ces quatre murs brulants, je me remémore les pins, l’océan.. Je ne sais pas si vous avez cette impression vous aussi, quand, si vous êtes parisiens ou même habitants d’une toute autre ville, quand vous voyez la mer, c’est comme si vous la redécouvriez. J’me sens comme une gosse face à cette étendue bleue indénombrable. La mer est selon moi l’élément naturel le plus dangereux, et c’est pourquoi elle me fascine.

 

Les vacances d’été sont toujours tristes ; le temps défile comme dans un sablier, on égraine les minutes et le soleil nous brule. On pose ses valises dans la maison, fermée pendant trois semaines, la boite aux lettres dégorge de paperasse inutile, de magasines et autres factures. Les plantes sont mortes, la pelouse est desséchée. On ouvre les volets, on arrose les fleurs, on fait en sorte que le domicile reprenne un peu de vie. Les bagages se défont, on trie le linge, et l’odeur de la maison de vacances persiste. Du sable se répand sur le sol, et on râle car il y a forcément quelque chose de perdu. Et la vie reprend son cour.

 

Je continue à regarder cette ville qui semble comme enflammée. La Seine étale son lourd liseré bleu, et des gens se reposent sur ses bords. Trace d’un été, mémoire de plage. A Paris y a pas de cigales, pas de gentils sourires, pas de douceur, pas d’étendue saline. A Parisn y a que des cons.

 

Et j’en fais partie.